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Mozilla, le H264 ne doit pas passer par toi !

CBS Fan - CC by-saOn l’a évoqué longuement dans un précédent billet, l’avenir de la vidéo en lecture continue sur le Web est à un tournant de son histoire. Mais plus encore que le logiciel libre, il est fort difficile de sensibiliser le grand public sur ce sujet il est vrai technique et complexe.

L’évènement qui redistribue les cartes est le passage progressif de tous les navigateurs à la nouvelle version 5 du HTML permettant de lire directement une vidéo. C’est une bonne nouvelle parce que nous allons enfin pouvoir nous affranchir du format Flash qui était fermé et nécessitait l’installation d’un plugin propriétaire dédié (et mal supporté sur des OS libres comme GNU/Linux).

Mais si le HTML5 autorise donc les navigateurs à lire directement une vidéo, elle ne dit rien sur le format (ou le codec) dans lequel doit être publiée cette vidéo. Or aujourd’hui deux formats bien différents font acte de candidature : le format Ogg Theora et le format H.264.

Le premier problème c’est que si le Ogg Theora est libre (et gratuit), le H.264 est breveté et demande plusieurs millions par an aux navigateurs qui voudraient l’inclure et le supporter1.

Le second problème c’est qu’à l’heure actuelle la balance penche nettement en faveur du H.264 qui, avec la future version 9 d’Internet Explorer sera lu par tous les navigateurs sauf Mozilla et Opera.

Il y a alors un double risque. Celui de quitter un format breveté (Flash) pour un autre format breveté (H.264) et celui d’ostraciser les navigateurs Opera et surtout Firefox (qui a déjà fort à faire actuellement avec la concurrence inavouée mais bien réelle de Chrome).

La pression est alors clairement sur les épaules de Mozilla. La fondation va-t-elle persister à refuser le H.264 pour des raisons économiques mais surtout éthiques, en devenant en quelque sorte le porte-drapeau de l’Ogg Theora ? Ou bien va-t-elle abdiquer pour ne pas voir ses parts de marché grignoter par d’autres navigateurs, et c’en sera alors fini des espoirs suscités par le Ogg Theora ?

On sait que l’on peut compter sur Wikimedia (qui a ouvert tout récemment le très opportun site Let’s get video on Wikipedia). Mais qu’adviendra-t-il de Google qui a pour le moment adopté le H.264 pour YouTube alors que la firme peut potentiellement mettre tout le monde d’accord en proposant un troisième format issu d’une récente acquisition ?

Dans l’article traduit ci-dessous, le journaliste Thom Holwerda ne cache pas sa préférence : il souhaite voir Mozilla résister. Mais il nous rappelle fort justement que la décision est également suspendue au choix du format des utilisateurs et développeurs Web lorsqu’ils mettront en ligne leurs futures vidéos.

Au nom du « pragmatisme », certains voudraient privilégier le H.264 ? N’oublions pas que pour les mêmes raisons nous nous enchainâmes à Internet Explorer 6 qui fit stagner pendant de longues années le Web tout entier.

Mozilla : reste fidèle à tes idéaux, tiens-toi à l’écart de H264

Mozilla: Stick to Your Ideals, Shun H264

Thom Holwerda – 19 mars 2010 – OSNews.com
(Traduction Framalang : Antistress, Goofy et Quentin)

A présent que les caractéristiques d’Internet Explorer 9 ont été rendues publiques, nous connaissons mieux la position de Microsoft quant au codec vidéo à associer à la balise video de HTML5. Microsoft a choisi H264, un codec qu’il fournit déjà avec Windows de toute façon. Cela signifie que, Firefox et Opera mis à part, tous les principaux navigateurs prendront en charge le H264. D’aucuns y voient une raison pour que Mozilla abandonne ses idéaux et ajoute le support de H264. Je dis : Mozilla, reste fidèle à tes idéaux. Les dernières personnes à écouter en cette matière sont les développeurs Web.

« Mozilla devrait souscrire une licence d’utilisation de H264 »

Nous connaissons tous la situation de la vidéo via HTML5. Nous avons cette solution merveilleuse – une balise pour la vidéo aussi simple que pour les images – qui permet à chacun d’intégrer facilement des séquences vidéo sur son site Web sans avoir à recourir à la technologie propriétaire Flash. Il y a toutefois un problème.

Le problème est qu’il n’y a pas de codec standard pour HTML5. Les principaux compétiteurs sont H264 et Theora et il semble que ce dernier l’emporte pour le moment du côté des navigateurs. Une vidéo encodée avec Theora peut être vue à la fois des utilisateurs de Firefox, Chrome et Opera alors qu’avec H264 il vous manque les utilisateurs de Firefox et Opera. Si l’on considère que Firefox est, de loin, le plus répandu des navigateurs implémentant HTML5, encoder votre vidéo exclusivement en H264 revient à vous tirer une balle dans le pied.

Il y a une raison simple qui explique que Mozilla soit vent debout contre H264 : le codec est criblé de brevets. Cela signifie que, si vous utilisez le codec dans certaines parties du monde, vous vous exposez à devoir verser une redevance à la MPEG-LA qui gère les brevets de H264 (entre autres). Et, en effet, la MPEG-LA a clairement indiqué fin janvier que les utilisateurs finaux pouvaient eux aussi être la cible de contentieux relatifs aux brevets.

« J’aimerais aussi préciser que, bien que nos licences ne soient pas souscrites par les utilisateurs finaux, toute personne de la chaîne d’utilisation est responsable si un produit est utilisé sans licence » explique Allen Harkness, en charge des licences pour la MPEG-LA. « En conséquence, la redevance acquittée par le fournisseur d’un produit couvre l’utilisateur final, mais, lorsque la redevance n’a pas été acquittée, le produit est utilisé sans autorisation et toute personne de la chaîne (fournisseur ou utilisateur) peut en être tenue pour responsable ».

Étant donné que H264 est clairement incompatible avec les idéaux du logiciel libre, Mozilla a décidé de s’y opposer farouchement. Le refus d’Opera de souscrire une licence pour H264 n’a, de toute évidence, rien à voir avec un quelconque idéal (Opera étant un logiciel propriétaire après tout) mais la société norvégienne considère que le montant de la redevance est simplement trop élevé.

Apple pousse depuis longtemps H264 dans l’ensemble de ses logiciels et produits tandis que, du point de vue de Google, la redevance à acquitter pour avoir le droit d’utiliser H264 représente des clopinettes. Le dernier grand acteur à ne pas s’être prononcé était Microsoft qui, comme on pouvait s’y attendre, vient de choisir H264 simplement parce que la licence et le codec sont déjà inclus dans Windows. Le fait que des processeurs spécialisés dans le décodage de H264 soient disponibles sur les appareils portables constitue un autre atout tandis que Theora (ainsi que tout autre codec libre de brevet comme Dirac) ne peut se permettre ce luxe.

Du coup, des développeurs Web et autres pontes commencent à soutenir que Mozilla devrait rentrer dans le rang et souscrire une licence pour H264 sinon ils risquent de tuer la vidéo via HTML5. « J’ai des raisons de croire que la décision de Mozilla de ne pas prendre en charge les vidéos encodées en H264 dans la balise video de HTML5 à cause des nombreux brevets de ce codec est une mauvaise décision qui, à moins qu’ils ne changent d’avis, détruira tout espoir d’inaugurer une nouvelle ère où la vidéo serait accessible en ligne sans plugin » écrit Brian Crescimanno, un développeur Web qui est dans le métier depuis 1997.

Il explique qu’en campant sur ses positions, Mozilla va obliger les gens à continuer à utiliser Flash pour la vidéo vu que personne ne va encoder la vidéo deux fois uniquement pour qu’elle soit lue aussi par Firefox et Opera ; ils vont juste proposer aux utilisateurs de Firefox et Opera la vidéo encodée en H264 via Flash au lieu de ré-encoder la vidéo en Theora. Il fait remarquer également que Mozilla prenait en charge le format GIF du temps où il était propriétaire.

« Je conteste l’idée que être idéaliste soit votre raison d’être », écrit Crescimanno. « Je crois que votre responsabilité première en tant qu’éditeur d’un navigateur Web est de rendre le Web meilleur. C’est certainement ce que vous pensez sincèrement faire mais honnêtement, soyons réaliste, la seule chose que vous allez réussir c’est rendre la balise video de HTML5 inutilisable ».

Le billet de Crescimanno a été repris par John Gruber qui, rien de surprenant, abonde dans son sens : « par conséquent même ceux qui utilisent la dernière version de Firefox seront traités comme s’ils utilisaient un navigateur antique » explique Gruber. « L’intransigeance au nom de l’ouverture aura pour résultat que les utilisateurs de Firefox se verront proposer de la vidéo au moyen du plugin fermé Flash tandis qu’en coulisses la vidéo sera de toutes façons encodée en H264 ».

Gruber et Crescimanno soutiennent en fait que Mozilla devrait laisser son idéal de côté et se montrer pragmatique en implémentant le H264.

Au nom du pragmatisme

Petit retour en arrière. Il y dix ans de cela, le Web n’était pas encore la formidable source d’informations et de divertissements que nous connaissons aujourd’hui, il était à peine en train d’émerger. C’est ce moment qu’ont choisi les développeurs Web pour prendre au nom du « pragmatisme » une série de décisions d’une stupidité monumentale, décisions dont nous payons encore le prix une décennie plus tard.

Quand les développeurs Web se sont retrouvés face aux gigantesques parts de marché d’Internet Explorer 6, ils ne sont soucié de rien d’autre que de rendre les sites visibles pour cette triste version du navigateur, en faisant fi des standards au nom du « pragmatisme ». À cause de cette attitude, les autres navigateurs ont éprouvé les pires difficultés à concurrencer IE6, simplement parce que leurs utilisateurs ne pouvaient consulter leurs sites préférés optimisés pour IE6.

Dix ans plus tard, nous en voulons encore à Microsoft pour son Internet Explorer 6 qui aura rendu le Web dépendant à son égard (le nombre de sites spécifiques à IE est aujourd’hui devenu très faible mais pas nul) alors que la véritable raison pour laquelle IE est devenu si dominant et difficile à renverser est que les développeurs ne se sont pas donnés la peine de penser au delà du « pragmatisme » et de coder pour autre chose qu’IE.

Puis il y a eu Flash. Est-ce Microsoft qui nous a imposé Flash ? Est-ce Adobe qui nous a mis un revolver sur la tempe pour nous forcer à télécharger le plugin ? Non. Là encore ce sont les développeurs Web qui l’ont déployé partout sur le Web au nom du pragmatisme. Nous, les utilisateurs, ne décidons pas de télécharger Flash : nous y sommes forcés parce que les développeurs Web utilisent Flash pour tout et n’importe quoi, depuis les boutons jusqu’au lettres capitales illustrées.

Dix ans plus tard, Flash est devenu lui aussi un boulet qui entrave le Web. Les plateformes minoritaires comme Linux et Mac OS X n’ont pas suffisamment d’importance aux yeux d’Adobe pour l’inciter à développer correctement Flash dessus, sans parler de plateformes plus confidentielles encore, comme Syllable ou Haiku, qui n’ont pas du tout accès à Flash, rendant ainsi des sites aussi populaires que YouTube complètement inutilisables.

Qui allons-nous blâmer cette fois ? Je vois des développeurs Web et des blogueurs de renom comme Gruber s’en prendre à Adobe alors qu’en réalité ce sont les développeurs Web qui ont choisi Flash et l’ont rendu omniprésent sur le Web.

Et nous voilà à nouveau devant un problème similaire. Nous avons le choix pour le codec vidéo de HTML5 : l’un est libre, gratuit et n’est pas soumis à brevet, l’autre est breveté jusqu’à l’os et est tout sauf libre ou gratuit. Il y beaucoup de discussions pour savoir lequel des deux est de meilleure qualité, et vous trouverez des gens intelligents détaillant tests et arguments en faveur de l’un ou l’autre des deux codecs. Le seul avantage du H264 est, de toute évidence, le support matériel.

Et tandis que nous nous tenons à la croisée des chemins, ce sont encore les développeurs Web qui veulent faire le mauvais choix simplement parce qu’ils sont incapables de voir plus loin que le bout de leur nez. Ils se fichent de savoir à quoi ressemblera le Web dans dix ou même seulement cinq ans (quand la période d’essai gratuite sur le Web de H264 aura expiré), ils ne sont intéressés que par le présent. Ils ont fait des choix plus désastreux les uns que les autres, des choix qui ont gravement nuit au Web, et, pourtant, il faudrait que nous les écoutions encore ?

Cher Mozilla, contemple l’histoire du Web et vois l’impact désastreux d’Internet Explorer et de Flash. Regarde bien ensuite qui a fait en sorte que ces technologies nous soient imposées. Alors, et seulement alors, prends en compte à leur juste valeur leur opinion sur cette question.

A défaut, je prédis de quoi nous discuterons dans cinq ou dix ans : les développeurs Web et les pontes comme Gruber se lamenteront en se demandant comment le Web a pu embrasser sans restriction H264 à présent que la MPEG-LA a décidé de faire respecter ses brevets. Ils trouveront quelqu’un à blâmer : Microsoft, Adobe ou la lune, et, encore une fois, ils refuseront d’assumer leurs responsabilités.

L’heure du bain

Parfois il faut se jeter à l’eau. Bien sûr la transition vers un codec libre et gratuit sera difficile, mais les bénéfices escomptés le justifient amplement. Je préfère avoir affaire à une situation compliquée maintenant plutôt que de devoir faire face dans cinq ou dix ans à une situation aussi inextricable que celle engendrée par IE6 et Flash.

Notes

1 Crédit photo : CBS Fan (Creative Commons By-Sa)

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mar/10
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Mark Shuttleworth d’Ubuntu n’est pas motivé par la haine de Microsoft

Ubuntu - Nouveau LogoC’est non seulement une habitude mais l’une des nombreuses originalités de la célèbre distribution GNU/Linux : tous les six mois Ubuntu sort sa nouvelle version, qui, faisant de plus en plus d’adeptes, est logiquement de plus en plus attendue.

La prochaine version 10.04 LTS1 se prénomme Lucid Lynx et est prévue pour le mois prochain. Elle promet beaucoup. Mais elle promet aussi d’être l’amie des trolls ;-)

Il faut dire que lorsque l’on occupe la place enviée et reconnue qui est la sienne dans la communauté (notoriété grand public incluse), on s’expose inévitablement à des critiques. Mais il faut également reconnaître qu’un certain nombre d’annonces récentes ont pu parfois jeter le trouble, en particulier chez ceux qui sont moins attachés à l’open source qu’au logiciel libre.

De là à craindre que Canonical, la société créée par Mark Shuttleworth pour développer et soutenir Ubuntu, se transforme en une sorte de nouveau Microsoft, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons certainement pas.

Se contentant de lister quelque éléments selon lui sujets à caution, c’est un pas que n’a cependant pas hésité à franchir un dénommé Alan Lord sur son blog, dans un court et lapidaire billet intitulé explicitement Is Canonical Becoming The New Microsoft?2.

Et cela n’a évidemment pas loupé, le billet a généré très rapidement une centaine de commentaires divers et variés, nécessairement orientés par ce titre choc.

Le journaliste Sam Varghese a alors jugé bon de contacter Mark Shuttleworth pour avoir son avis dans un article publié sur le site iTWire que vous proposons traduit ci-dessous3.

PS : Notons que dans l’intervalle, Ubuntu a également révélé sa nouvelle charte graphique et son nouveau logo (ci-dessus). Personnellement j’aime bien, même si je note la disparition apparente du slogan « Linux for Human Beings », qui était peut-être maladroit mais avait le mérite d’évoquer Linux. La confusion entre les deux ou l’aspiration de l’un par l’autre risquent de se faire plus grande encore.

Mark Shuttleworth : « Ma motivation, ce n’est pas la haine de Microsoft. »

I’m not driven by Microsoft hatred: Shuttleworth

Sam Varghese – 15 février 2010 – iTWire
(Traduction Framalang : Don Rico et Simon Descarpentries)

Mark Shuttleworth, fondateur et directeur général de la société Canonical, déclare que s’il a créé sa distribution GNU/Linux Ubuntu, ce n’est en aucun cas par animosité envers Microsoft.

Il a répondu aux questions d’ITWire concernant un récent billet de blog dont l’auteur accusait Canonical de devenir le nouveau Microsoft.

« J’admire plusieurs des accomplissements de Microsoft. J’estime qu’il est tout aussi détestable de diaboliser les employés d’une entreprise que des gens pour leur couleur de peau, leur nationalité ou toute autre particularité » explique Shuttleworth.

« Microsoft se livre toutefois à d’inacceptables abus de position dominante, et je suis fier qu’Ubuntu offre au monde un réel choix entre la servitude continue et la liberté utile, sûre et authentique. »

« Cela dit, mon rôle n’est pas de punir Microsoft, ni de les haïr ; je suis là pour proposer une meilleure voie, si je le peux. Ce sera dur, mais nous le pouvons. Et, dans les cas où nous partageons une cause commune, je travaille volontiers avec Microsoft. Il est possible que ce soit difficile à concevoir pour ceux qui pensent que la vie est plus facile à appréhender si on a un ennemi pour justifier sa cause, mais à mon sens ce comportement conduit au sectarisme, nuit aux résultats et nous empêche de corriger les erreurs du passé. »

Dans son billet, l’auteur énumérait les raisons pour lesquelles Ubuntu devenait d’après lui le nouveau Microsoft : l’intégration de Mono par défaut, la création d’Ubuntu One (un outil propriétaire de stockage en ligne), le retrait de GIMP et d’autres logiciels de la distribution, le passage à Yahoo! comme moteur de recherche par défaut, une enquête visant à savoir quelles applications propriétaires devaient être incluses dans les dépôts d’Ubuntu, et enfin, la nomination de Matt Asay au poste de PDG.

Sans entrer dans les détails concernant chacun de ces points, Shuttleworth indique cependant que « toutes les questions abordées dans le billet que vous mentionnez ont été consciencieusement débattues sur des forums publics. Les gens de chez Canonical et les animateurs de la communauté Ubuntu y ont, je crois, présenté nos intentions sans faux-semblant. »

« Chacune de nos décisions affectant nos utilisateurs auront leurs détracteurs et leur partisans, » a-t-il ajouté, « mais c’est notre volonté de maintenir le cap face au changement qui confère à notre plateforme son dynamisme et sa pertinence, et nous ne nous soustrairons pas à cette responsabilité. »

Shuttleworth explique que son objectif personnel, ainsi que celui de tous ses collaborateurs chez Canonical, est d’apporter les avantages du logiciel libre au plus grand nombre. « C’est ce qui est au cœur de notre motivation, et à maintes reprises nous avons dû employer des chemins détournés pour rester cohérents avec ce principe. »

Il précise que la grande majorité du travail produit par Canonical est mis à la disposition de tous sous licence libre. « Y compris des éléments de nature éminemment stratégique, tel que Launchpad, qui est publié sous une licence compatible avec les réflexions les plus récentes concernant les services internet libres. Nos réalisations propriétaires n’impliquent jamais qu’il faille installer des outils fermés de Canonical dans Ubuntu, se limitent à des services réseau, permettent de promouvoir tout le reste, et restent totalement optionnelles pour les utilisateurs d’Ubuntu. C’est une pratique que l’on retrouve sur d’autres plateformes. »

En conclusion, Mark Shuttleworth affirme être très fier de ce qu’apporte Canonical à la communauté du logiciel libre. « Si nous rencontrons autant de succès que je le souhaite, alors le monde aura pour la première fois une plateforme de qualité professionnelle disponible gratuitement pour tous. Ce qui n’est pas le cas avec les acteurs dominants du marché Linux. Je me consacre corps et âme à ce but, et j’apprécie énormément de partager cette cause avec des milliers d’autres au sein de la communauté Ubuntu. »

« Travailler en partenariat avec Yahoo! n’a jamais, à ma connaissance, induit la moindre négociation avec Microsoft. Et nous n’accepterons pas les conditions de Microsoft en matière de licence de propriété intellectuelle, comme le fit Novell. En revanche, si nous pouvons collaborer de façon constructive avec Microsoft, Oracle ou IBM, lesquels incluent une grande quantité de code propriétaire dans leurs produits, il est certain que nous nous engagerons de façon ouverte et de bonne foi. Je suis convaincu que nous le ferons avec le soutien sans faille des responsables de la communauté Ubuntu. »

Notes

1 Une version LTS (pour « Long Term Support ») garantit aux utilisateurs, constructeurs et assembleurs, une maintenance et un suivi sur plusieurs années.

2 On notera qu’Alan Lord a fait depuis amende honorable.

3 Edit : Alan Lord est intervenu dans les commentaires ci-dessous, en nous signalant notamment la mise au point suivante concernant l’article du journaliste : Sam Varghese Got It Wrong?.

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fév/10
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Si Google is not evil alors qu’il le prouve en libérant le format vidéo du Web !

Diegosaldiva - CC byQuel sera le futur format vidéo du Web ? Certainement plus le Flash dont les jours sont comptés. Mais quel nouveau format va alors s’imposer, un format ouvert au bénéfice de tous ou un format fermé dont le profit à court terme de quelques-uns se ferait au détriment des utilisateurs ?

Un acteur, à lui seul, possède semble-t-il la réponse ! Et c’est une fois encore de Google qu’il s’agit. Une réponse que la Free Software Foundation attend au tournant car elle en dira long sur les réelles intentions de la firme de Moutain View.

Tentative de résumé de la situation.

Faute de mieux, et alors qu’il n’avais pas été spécialement conçu pour jouer les premiers rôles, le format Flash Video d’Adobe (.flv) s’est imposé pendant des années comme format standard de fait de la vidéo en lecture continue (ou streamée) sur Internet, comme par exemple sur le site emblématique YouTube.

Pour le lire il nécessitait la présence d’un player Flash sur son ordinateur, ce qui a toujours posé problème aux Linuxiens puisque la technologie Flash est propriétaire et (en partie) fermée et qu’il n’est donc pas possible de l’inclure dans les distributions libres de GNU/Linux (ceux qui juste après une installation ont recherché comment lire ce satané format comprendront fort bien ce que je veux dire). Un problème si important que la FSF n’a pas hésité à le placer au top de ses priorités logicielles avec son projet de lecteur libre Gnash (juste en dessous d’un lecteur alternatif pour le format PDF, autre format problématique).

Mais tout ceci sera bientôt du passé car la nouvelle version du format des pages Web, le HTML5, est en train de changer la donne avec l’introduction de la balise <video> (cf cet article du Framablog pour en savoir plus : Building the world we want, not the one we have).

Exit le Flash donc dans nos vidéos du Web. D’ailleurs, coup de grâce, il ne figurera pas dans l’iPad et Steve Jobs aurait déclaré « ne pas vouloir perdre du temps sur une technologie dépassée aussi ringarde que les disquettes » !

Conséquence et grand progrès, on peut donc potentiellement lire directement les vidéos sur tout navigateur qui implémente le HTML5 (actuellement Firefox 3.5+, Safari 4+, Chrome 3+). Plus besoin de télécharger de plugins (Flash, QuickTime ou autre). Sauf que comme le dit Tristan Nitot « la spécification HTML5 précise comment un navigateur doit interpréter l’élément video, mais pas sur le format dans lequel doit être publiée la vidéo en question ».

Or justement deux formats sont les principaux candidats à la succession, l’un ouvert, que nous connaissons bien, le Ogg Theora (adopté notamment sur les projets Wikimedia), et l’autre fermé le H.264. Tristan Nitot expose avec la clarté qu’on lui connaît, la situation, ses contraintes et ses menaces, dans son billet Vidéo dans le navigateur : Theora ou H.264 ?.

Il en rajoute une couche sur Rue89 dans Firefox refuse que YouTube devienne « un club de riches » :

« Si le Web est si participatif, c’est parce qu’il n’y a pas de royalties pour participer et créer un contenu. (Faire le choix du H.264) serait hypothéquer l’avenir du Web. On créerait un îlot technologique, un club de riches : on pourrait produire du texte ou des images gratuitement, mais par contre, pour la vidéo, il faudrait payer. »

En effet, il en coûterait plusieurs millions par an à Mozilla si elle voulait intégrer le H.264 dans Firefox. Ce qu’elle ne pourrait pas se permettre et du coup si YouTube adoptait définitivement ce format (que la célèbre plate-forme teste actuellement), nous serions face à un choix cornélien : Firefox sans YouTube (et tous les autres sites de vidéos qui auront alors suivi YouTube, gageons qu’ils seront nombreux) ou YouTube sans Firefox.

Ceux qui pensent, comme Stallman, qu’on « ne brade pas sa liberté pour de simples questions de convenances » feront peut-être le premier choix. Mais pour le grand public, rien n’est moins sûr (c’est même sûr qu’il fera le choix inverse).

Or c’est un feuilleton à épisodes car un tout dernier évènement est venu semer le trouble en apportant son lot de spéculations. Un évènement passé un peu inaperçu à cause du buzz (négatif) engendré par la sortie simultanée de Google Buzz : le rachat par Google de la société On2 Technologies pour un peu plus de cent millions de dollars.

On2 Technologies est justement spécialisée dans la création de formats vidéos, dont un, le VP3, a d’ailleurs été libéré et est directement à l’origine de l’Ogg Theora. Mais c’est le tout dernier de la gamme, le VP8 qui focalise l’attention de par ses qualités (cf présentation et comparaison sur le site d’On2).

Ce rachat a quelque peu atténué les craintes des observateurs, à commencer par Mozilla (cf cet article de Numerama : Codec vidéo : Google rachète On2 et rassure Mozilla). Pourquoi en effet débourser une telle somme puisque le H.264 est là ? Peut-être pour le remplacer par le VP8. Mais alors aura-t-on un VP8 également fermé (et peut-être aussi payant) ou bien ouvert pour l’occasion ?

La balle est dans le camp de Google.

Soit la société fait le choix du H.264. Firefox ne peut pas suivre et alors il y a fort à parier que cela profitera au navigateur Google Chrome (nombre d’utilisateurs ne pouvant désormais concevoir le Web sans YouTube). Comme de plus l’essentiel des revenus de Mozilla provient de l’accord avec Google sur le moteur de recherche par défaut de Firefox, et que cet accord ne court que jusqu’en 2011, on voit bien que Google peut en théorie si ce n’est tuer Firefox, tout du moins participer directement à freiner son ascension.

Soit la société oublie le H.264 en optant pour le VP8 d’On2. Mais reste alors à savoir quelle sera la nature de ce format. Si Google décide de le libérer en donnant le la en l’installant sur YouTube, c’est non seulement Firefox qui en profitera mais le Web tout entier.

Le choix est important, parce qu’au-delà de l’avenir de la vidéo sur le Web, c’est l’avenir de Google dont il est question. Et aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, l’avenir de Google rejoint souvent l’avenir du Web tout court, ce qui en dit long sur sa puissance et son influence actuelles sur le réseau.

Il est bien évident que le H.264 ou le VP8 fermé serait à priori la meilleure option pour Google en tant que multinationale cotée en bourse avec des actionnaires qui réclament leurs dividendes. Mais ce serait la plus mauvaise pour les partisans d’un Web libre et ouvert. « Google is not evil » nous dit le slogan, alors qu’elle le prouve en faisant le bon choix, celui de l’intérêt des utilisateurs. Google en tirerait alors l’avantage de conserver une image positive de plus en plus écornée ces derniers temps. Dans le cas contraire le masque serait définitivement levé1 et le bénéfice du doute ne serait plus permis.

Tel est en substance le message lancé par la FSF que nous avons traduit ci-dessous.

Lettre ouverte à Google : libérez le VP8, et utilisez-le sur YouTube

Open letter to Google: free VP8, and use it on YouTube

Holmes – 19 février 2010 – FSF Blogs
(Traduction Framalang : Don Rico et Goofy)

Après son acquisition d’On2, entreprise spécialisée en technologie de compression vidéo, le 16 février 2010, Google est à présent en position de standardiser les formats vidéo libres et ainsi libérer le Web à la fois du Flash et du codec propriétaire H.264.

Cher Google,

Après votre rachat d’On2, vous possédez désormais le plus important site de vidéos au monde (YouTube) et tous les brevets déposés pour un nouveau codec vidéo de haute performance, le VP8. Imaginez ce que vous pouvez accomplir si vous rendez disponible, de façon irrévocable, le codec VP8 sous une licence libre de royalties, et le proposez aux utilisateurs de YouTube ? Vous pouvez mettre un terme à la dépendance du Web aux formats vidéo criblés de brevets et aux logiciels propriétaires tel que Flash.

Garder le secret sur les spécifications de cette technologie ou ne l’utiliser que comme levier de négociation desservirait le monde du Libre, en n’apportant dans le meilleur des cas que des bénéfices à court terme à votre entreprise. Libérer le code du VP8 sans recommander ce format aux utilisateurs de YouTube constituerait une occasion manquée et nuirait au navigateurs libres tel que Firefox. Nous voulons tous que vous fassiez le bon choix. Libérez le code de VP8, et utilisez-le pour YouTube !

Pourquoi ce serait un immense bond en avant

Le monde disposerait alors d’un nouveau format libre affranchi de brevets logiciels. Internautes, créateurs de vidéo, développeurs de logiciels libres, constructeurs de matériel informatique, tout le monde pourrait distribuer de la vidéo sans se soucier des brevets, des droits d’utilisation et des restrictions. Le format vidéo libre Ogg Theora est au moins aussi performant pour la vidéo sur le web (voir comparatif) que son concurrent fermé, le H.264, et jamais nous n’avons approuvé les objections que vous opposiez à son utilisation. Puisque vous avez pris la décision d’acquérir le VP8, on peut néanmoins supposer que ce format ne soulève pas selon vous les mêmes objections, et que l’implémenter dans YouTube est un jeu d’enfant.

Vous avez le pouvoir de faire de ce format libre un standard planétaire. Si YouTube, qui héberge la quasi totalité des vidéos numériques jamais conçues, proposait un format libre en option, ce simple changement vous vaudrait le soutien d’une pléthore de fabricants d’appareils et d’applications numériques.

Cette capacité à proposer un format libre sur YouTube n’est toutefois qu’une partie infime de votre véritable pouvoir. On passera aux choses sérieuses quand vous encouragerez les navigateurs des utilisateurs à prendre en charge les formats libres. Il existe un tas de moyens de s’y prendre. La meilleure, à nos yeux, serait que YouTube abandonne le Flash au profit des formats libres et du HTML, et propose à ses utilisateurs équipés de navigateurs obsolètes un plug-in ou un navigateur moderne (un logiciel libre, bien sûr). Apple a eu le cran de mettre au rebut le Flash pour l’iPhone et l’iPad (même si leurs raisons sont suspectes et leurs méthodes détestables les DRM), et cette décision pousse les développeurs Web à créer des alternatives sans Flash de leurs pages. Vous pourriez faire de même avec YouTube, pour des raisons plus nobles, ce qui porterait un coup fatal à la prédominance de Flash dans le secteur des vidéos en ligne.

Même des actions de moindre envergure porteraient leur fruits. Vous pourriez par exemple susciter l’intérêt des utilisateurs avec des vidéos HD disponibles sous format libre, ou inciter fortement les utilisateurs à mettre à niveau leur navigateur (plutôt que de mettre Flash à jour). De telles mesures sur YouTube porteraient la prise en charge des formats libres par les navigateurs à un niveau de 50% et plus, et elles augmenteraient lentement le nombre d’internautes qui ne prendraient pas la peine d’installer un plug-in Flash.

Si le logiciel libre et l’internet libre vous tiennent à cœur (un mouvement et un médium auxquels vous devez votre réussite), vous devez prendre des mesures drastiques pour remplacer Flash par des standards ouverts et des formats libres. Les codecs vidéo brevetés ont déjà fait un tort immense au Web et à ses utilisateurs, et cela continuera tant que nous n’y mettrons pas un terme. Parce qu’il était coûteux d’implémenter des standards bardés de brevets dans les navigateurs, un logiciel privateur aussi lourd qu’inadapté (le Flash) est devenu le standard de facto pour la vidéo en ligne. Tant que nous ne passerons pas aux formats libres, la menace des actions en justice pour violation de brevet et des royalties à verser pèsera sur tous les développeurs de logiciel, les créateurs de vidéo, les fabricants de matériel informatique, les sites Internet et les entreprises du Web, vous y compris.

Vous pouvez utiliser votre acquisition d’On2 comme simple levier de négociation pour apporter votre propre solution au problème, mais ce serait à la fois un faux-fuyant et une erreur stratégique. Si vous ne faites pas du VP8 un format libre, ce ne sera jamais qu’un codec vidéo de plus. À quoi servirait un énième format vidéo souffrant d’une compatibilité avec les navigateurs limitée par des brevets ? Vous devez au public et à l’Internet de résoudre ce problème ; vous le devez à nous tous, et pour toujours. Des organisation telles que Xiph, Mozilla, Wikimedia, la FSF et On2 elle-même mettent l’accent sur la nécessité d’imposer les formats libres et se battent corps et âme pour rendre cela possible. À votre tour, maintenant. Si vous en décidez autrement, nous saurons que vous avez à cœur non pas la liberté des utilisateurs mais seulement le règne sans partage de Google.

Nous voulons tous que vous preniez la bonne décision. Libérez le code du VP8 et utilisez-le sur Youtube !

Notes

1 Crédit photo : Diegosaldiva (Creative Commons By)

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